Oui, mais une femme est aussi une femme!


"Mon titre n’explique pas mon tableau, comme mon tableau n’explique pas mon titre" -René Magritte

Image: René Magritte; Liaisons dangereuses, 1936.


Violent! Violent! Violent!


"Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit les remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. On dit quelquefois: «Un gars a de la gueule.» Les traits délicats de Pilorge étaient d’une violence extrême. Leur délicatesse surtout était violence."
-Jean Genet; Journal du voleur.

Image: Jean-François Martin; ... (Merci R.)

Bonus Track:




فيروز - حبيتك بالصيف

بأيام البرد و أيام الشتي
و الرصيف بحيرة و الشارع غريق
تجي هاك البنت من بيتها العتيق
و يقلا انطريني و تنطرعالطريق
و يروح و ينساها و تدبل بالشتي

حبيتك بالصيف حبيتك بالشتي
نطرتك بالصيف نطرتك بالشتي
و عيونك الصيف و عيوني الشتي
ملقانا يا حبيبي خلف الصيف و خلف الشتي

مرقت الغريبة عطيتني رسالة
كتبها حبيبي بالدمع الحزين
فتحت الرسالة حروفها ضايعين
و مرقت أيام و غربتنا سنين
و حروف الرسالة محيها الشتي

Fairuz - I Loved You In Summer

In the days of cold and days of winter
The pavement is a lake
And the street is drowning
That girl comes from her old house
He told her "wait for me"
So she waits for him in the road
But he leaves and forgets her
While she withers in the winter

I loved you in the summer, I loved you in the winter
I waited for you in the summer, I waited for you in the winter
Your eyes are the summer, my eyes are the winter
Our meeting darling is beyond the summer and the winter

A stranger passed by and she gave me a letter
My beloved wrote it with tears of sadness
I opened the letter, but the letters were missing
Days passed and the years drew us apart
And the letters of the message were erased by the winter (note: the word for winter and rain is the same in Lebanon)

-Donne-moi une seule raison pour t'aimer! -(silence) - PARLE! -Aucune à te donner, c'est à toi de venir me l'arracher.


Une boite à allumettes...

Ce qu'est la vie pour un mâle qui se fait mâle...

Avec toutes ces courbes de femmes qu'il enflamme...

Et qu'il dresse pour lui témoigner de sa gloire...

Une boite à allumettes...

Qui brûle...

Qui brûle nos âmes...

Qui brûle...

Pendant que la mèche hante femme et homme...

A quand la fin de cette pièce qui n'a jamais commencé?

Arrêtons de tirer sur les ficelles et les super ficelles...

Découvrons nos visages et nos yeux couverts...

De toiles tissées...

Avec soin...

Par nos propres mots empoisonnés...

Par le superficiel et le subterfuge...

Car le feu doit s'éteindre...

Car le feu est à vaincre...

Je vous livre ici, les premières incantations...

Car seule la pluie violette a le pouvoir de nous conserver.

Musique!




"I'm so tired of playing, Playing with this bow and arrow, Gonna give my heart away, Leave it to the other girls to play, For I've been a temptress too long. Hmm just, Give me a reason to love you, Give me a reason to be, A woman, I just wanna be a woman. From this time, unchained, We're all looking at a different picture,Through this new frame of mind, A thousand flowers could bloom, Move over, and give us some room.Yeah, Give me a reason to love you, Give me a reason to be, A woman, I just want to be a woman. So don't you stop, being a man, Just take a little look from our side when you can, Saw a little tenderness, No matter if you cry. Give me a reason to love you, Give me a reason to be, A woman, It's all I wanna be is all woman. For this is the beginning of forever and ever, It's time to move over , So I want to be. I'm so tired of playing, Playing with this bow and arrow, Gonna give my heart away, Leave it to the other girls to play. For I've been a temptress too long. Hmm just, Give me a reason to love you..."

traduction : je suis extenuée de jouer, de jouer avec ces arcs et ces flèches, je suis entrain de mettre mon coeur à l'écart, je laisse ça aux autres fille pour qu'elles jouent, pour ce que j'ai été une tentatrice depuis trop longtemps. hmm, donne moi seulement une raison d'être, donne moi seulement une raison d'être une femme. je veux juste être une femme. depuis le temps, sans attache, nous regardons tous une projection différente, à travers cette nouvelle voie (trame, base) qui est la mienne, un millier de fleurs pourrait éclore, remue-toi et donne nous un espace. oui, donne moi une raison de t'aimer, donne-moi une raison d'être.. une femme. je désire juste être une femme. Ne peux-tu juste pas arrêter d'être un homme? jette seulement un coup d'oeil de notre point de vue si tu peux, pour avoir vu un peu de tendresse, ce n'est pas grave si tu pleures. donne moi une raison de t'aimer, donne moi une raison d'être... une femme. c'est tout ce que j'espère être entièrement femme . depuis la nuit des temps, pour toujours et à jamais, c'est le moment de réagir, alors je veux être. j'en ai assez de jouer, de jouer avec ces arcs et ses flèches, je vais donner mon coeur à un ailleurs, je laisse ça aux autres filles pour qu'elles s'amusent. puisque j'ai été une séductrice depuis trop longtemps. hmmm, donne moi juste une raison de t'aimer...




I never meant to cause you any sorrow...
I never meant to cause you any pain.
I only wanted to one time see you laughing.
I only wanted to see you laughing in the purple rain.

Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain

I only wanted to see you bathing in the purple rain.

I never wanted to be your weekend lover.
I only wanted to be some kind of friend.
Baby I could never steal you from another.
It's such a shame our friendship had to end.

Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain

I only wanted to see you underneath the purple rain.

Honey I know, I know, I know times are changing.
It's time we all reach out for something new,
That means you too.
You say you want a leader,
But you can't seem to make up your mind.
I think you better close it,
And let me guide you to the purple rain.

Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain

If you know what I'm singing about up here.
C'mon raise your hand.

Purple rain, Purple rain

I only want to see you, only want to see you.

Je ne suis jamais loin!


"Et une femme parla, disant : Parlez-nous de la Souffrance

Et il dit :

La souffrance est une fêlure dans la coquille qui enferme votre entendement.

De même que le noyau du fruit doit se rompre pour que son germe puisse s’offrir au soleil, de même vous devez connaître la souffrance.

Et si vous pouviez garder votre cœur dans l’émerveillement des miracles quotidiens de votre vie, votre souffrance apparaîtrait non moins merveilleuse que votre joie ;

Et vous accepteriez les saisons de votre cœur, de même que vous avez toujours accepté les saisons qui passent sur vos champs.

Et vous regarderiez avec sérénité au travers des hivers de votre tristesse.

Beaucoup de votre souffrance est choisie par vous-même.

C’est l’amère potion par laquelle le médecin qui est en vous guérit votre être malade.

Soyez donc confiant en ce médecin, et buvez son remède en silence et avec tranquillité :

Car sa main, bien qu’elle soit lourde et dure, est guidée par la main tendre de l’Invisible.

Et la coupe qu’il apporte, bien qu’elle brûle vos lèvres, fut façonnée de l’argile que le Potier a trempée de Ses propres larmes sacrées."

-Jabrane Khalil Jabrane; Le prophète (La souffrance)

Image: Damien Legrain; Nan Goldin (d'après un autoportrait)

Bonus Track:



و ما بان ليك غير هو
و ما عز عليك غير هو
أوشحال عندي منه
ياك غير هو و ديتيه
ياك غير هو و جليتيه
و ما بان ليك غير هو
و ما عز عليك غير هو

والغادي بعيد
والغادي بعيد
والغادي بعيد

ونبكيو عل الولف اللي فيا
و القمرة ضوها عليا
و دموعي ف عينيا
و تحكي لك ما بيا

و اش هاذ الحقرة و يا الغادي
ارجع نديرو فصال
إلا كانت القدرة و راه راضي
الفراق سمعتو فال

غربت الشمس بان ظلام الليل
وليدي وليدي
و قربو لبعيد راه الشوق مرير
وليدي وليدي
و المحبة تكوي وما دواك أقليب
وليدي وليدي
برجوع الهاجر يصفى لغدير

وا لوليد وا يليلي و فين موليك
وا لوليد وا يليلي و فين موليك
وا لوليد هاهوما خوضك اه

و يعملها للرجال اللي عابو فيك

وا لوليد وا يليلي و ها هما موليك
وا لوليد وا يليلي و ها هما موليك

يحرز عليك السروت المحضية

Empaillées!


"Une cage allait à la recherche d'un oiseau."
-Franz Kafka; Le procès.

Image: Nan Goldin (Merci Z.)

-Doucement? -Oui, doucement. -Oui. -Merci. -Merci toi. -D'accord. -(sourire) -(boussa) ...


"Le mot est matière. En apparence (une apparence qui en tant que telle a sa vérité), il me frappe matériellement, comme un ébranlement de l’air qui produit certaines réactions dans mon organisme, en particulier certains réflexes conditionnés qui le reproduisent en moi dans sa matérialité (je l’entends en le parlant au fond de ma gorge). Cela permet de dire, plus brièvement - c’est aussi faux et aussi juste - qu’il entre chez chacun des interlocuteurs comme véhicule de son sens. Il transporte en moi les projets de l’Autre et dans l’Autre mes propres projets. Il n’est pas douteux qu’on pourrait étudier le langage de la même façon que la monnaie : comme matérialité circulante, inerte, unifiant des dispersions ; c’est, en partie, du reste, ce que fait la philologie. Les mots vivent de la mort des hommes, ils s’unissent à travers eux ; chaque phrase que je forme, son sens m’échappe, il m’est volé ; chaque jour et chaque parleur altère pour tous les significations, les autres viennent les changer jusque dans ma bouche. Nul doute que le langage ne soit en un sens une inerte totalité. Mais cette matérialité se trouve en même temps une totalisation organique et perpétuellement en cours. Sans doute la parole sépare autant qu’elle unit, sans doute les clivages, les strates, les inerties du groupe s’y reflètent, sans doute les dialogues sont-ils en partie des dialogues de sourds : le pessimisme des bourgeois a décidé depuis longtemps de s’en tenir à cette constatation-, le rapport originel des hommes entre eux se réduirait à la pure et simple coïncidence extérieure de substances inaltérables ; dans ces conditions, il va de soi que chaque mot en chacun dépendra, dans sa signification présente, de ses références au système total de l’intériorité et qu’il sera l’objet d’une compréhension incommunicable. Seulement, cette incommunicabilité - dans la mesure où elle existe - ne peut avoir de sens que si elle se fonde sur une communication fondamentale, c’est-à-dire sur une reconnaissance réciproque et sur un projet permanent de communiquer ; mieux encore : sur une communication permanente, collective, institutionnelle de tous les Français, par exemple, par l’intermédiaire constant, même dans le silence de la matérialité verbale, et sur le projet actuel de telle ou telle personne de particulariser cette communication générale. En vérité, chaque mot est unique, extérieur à chacun et à tous ; dehors, c’est une institution commune ; parler ne consiste pas à faire entrer un vocable dans un cerveau par l’oreille mais à renvoyer par des sons l’interlocuteur à ce vocable, comme propriété commune et extérieure. (…)

Les langues sont le produit de l’Histoire ; en tant que telles, en chacune on retrouve l’extériorité et l’unité de séparation. Mais le langage ne peut être venu à l’homme puisqu’il se suppose lui-même : pour qu’un individu puisse découvrir son isolement, son aliénation, pour qu’il puisse souffrir du silence et, tout aussi bien, pour qu’il s’intègre à quelque entreprise collective, il faut que son rapport à autrui, tel qu’il s’exprime par et dans la matérialité du langage, le constitue dans sa réalité même."

- Jean-Paul SARTRE; Critique de la raison dialectique (Une communication fondamentale)

Bonus Track:



Ton souffle me caresse encore... Mais ma voix prononçant ton nom, a-t-elle déjà pâli?



"Le langage est-il transmission et écoute des messages qui seraient pensés indépendamment de cette transmission et de cette écoute ; indépendamment de la communication (même si les pensées ont recours à des langues historiquement constituées et se plient aux conditions négatives de la communication, à la logique, aux principes de l’ordre et de l’universalité) ? Ou, au contraire, le langage comporterait-il un événement positif et préalable de la communication qui serait approche et contact du prochain et où résiderait le secret de la naissance de la pensée elle-même et de l’énoncé verbal qui la porte ?

Sans tenter d’exposer cette naissance latente, la présente étude a consisté à penser ensemble langage et contact, en analysant le contact en dehors des « renseignements » qu’il peut recueillir sur la surface des êtres, en analysant le langage indépendamment de la cohérence et de la vérité des informations transmises - en saisissant en eux l’événement de la proximité. Événement évanescent aussitôt submergé par l’afflux des savoirs et des vérités qui se donnent pour l’essence, c’est-à-dire pour la condition de la possibilité de la proximité. Et n’est-ce pas justice ? L’aveuglement, l’erreur, l’absurdité - peuvent-ils rapprocher ?

Mais la pensée et la vérité peuvent-elles forcer Autrui à entrer dans mon discours, à devenir interlocuteur ? L’évanescence de la proximité dans la vérité est son ambiguïté même, son énigme, c’est-à-dire sa transcendance hors l’intentionnalité. La proximité n’est pas une intentionnalité.

Être auprès de quelque chose n’est pas se l’ouvrir et, ainsi dévoilé, le viser, ni même remplir par l’intuition la « pensée signitive » qui le vise et toujours lui prêter un sens que le sujet porte en soi. Approcher, c’est toucher le prochain, par-delà les données appréhendées à distance dans la connaissance, c’est approcher Autrui. Ce revirement du donné en prochain et de la représentation en contact, du savoir en éthique, est visage et peau humaine. Dans le contact sensoriel ou verbal sommeille la caresse, en elle la proximité signifie : languir après le prochain comme si sa proximité et son voisinage étaient aussi une absence. Non point un éloignement encore susceptible d’être entendu dans l’intentionnalité, mais une absence démesurée qui ne peut même pas se matérialiser - ou s’incarner - en corrélatif d’un entendement, l’infini, et ainsi, dans un sens absolu, invisible, c’est-à-dire hors toute intentionnalité. Le prochain - ce visage et cette peau dans la trace de cette absence et par conséquent dans leur misère de délaissés et leur irrécusable droit sur moi - m’obsède d’une obsession irréductible à la conscience et qui n’a pas commencé dans ma liberté. Suis-je dans mon égoïté de moi autre chose qu’un otage ?

Le contact où j’approche le prochain n’est pas manifestation ni savoir, mais l’événement éthique de la communication que toute transmission de messages suppose, qui instaure l’universalité où mots et propositions vont s’énoncer."

- Emmanuel LÉVINAS ; L’événement éthique de la communication.

Bonus Track:



"Keep Talking"

For millions of years mankind lived just like the animals
Then something happened which unleashed the power of our imagination
We learned to talk

There's a silence surrounding me
I can't seem to think straight
I'll sit in the corner
No one can bother me
I think I should speak now
I can't seem to speak now
My words won't come out right
I feel like I'm drowning
I'm feeling weak now
But I can't show my weakness
I sometimes wonder
Where do we go from here

It doesn't have to be like this
All we need to do is make sure we keep talking

Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
What are you feeling
Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
Where do we go from here

It doesn't have to be like this
All we need to do is make sure we keep talking

Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
What are you feeling
Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
What are you feeling

I feel like I'm drowning
You know I can't breathe now
We're going nowhere
We're going nowhere


Peut-on profiter de sa situation de dominé?


"Chez Beauvoir et Fanon, se trouve une même volonté de dépassement, qui ressortit à une conception commune de la temporalité: à partir de la conscience de la valeur du présent, il s’agit de retourner l’expérience du négatif, pour s’arracher vers l’avenir (le titre du livre de Fanon, L’An V de la révolution algérienne, manifeste ce projet). Dans Pour une morale de l’ambiguïté, Beauvoir écrit que ‘chacun doit mener sa lutte en liaison avec celle des autres et en l’intégrant au dessein général’, ce qui souligne l’interdépendance et la solidarité de toutes les luttes de libération" - Annabelle Golay

Et si on manque de courage, alors on se tait, on s'enferme, on s'efface. Ou bien on part vivre dans la forêt avec les ancêtres. Mais on ne s'engage pas devant les autres pour les lâcher au beau milieu du chemin (vers la liberté), uniquement pour chercher le confort d'une cage.

Lâches. Lâches. Lâches, hommes et femmes, je vous emmerde!


Image: René Magritte, Le thérapeute.

"Devenez vous-même bordel!"


Le manque de personnalité n'est que la capacité de prendre tout pour vrai et tout pour faux. Avec une telle lecture, l'individu s'oblige à mener la réflexion jusqu'à atteindre ses limites pour ensuite prendre des décisions qui permettent d'avancer d'un cran, puis reprendre la réflexion en tenant compte des nouvelles données acquises. La définition que les gens "ordinaires/normaux" - les croyants chevronnés en ce que la psychanalyse apporte comme résultats - ont de la personnalité consiste à réduire l'Homme à une machine à accumuler les expériences, et qui, une fois ses sens stimulés, suit un comportement bien précis et unique à l'individu. Il y a donc cette unicité que nous cherchons tous à atteindre par notre manière d'être et notre façon d'imposer une image de nous, un masque, et qu'on nomme "personnalité". Je pense que nous sommes devant un cas concret et constant de la "mauvaise foi" de l'être humain. Les individus qui prétendent avoir forgé leur personnalité cherchent désespérément à trouver une cohérence dans l'incohérence. Leur passé étant aujourd'hui à portée de main, il est plus simple de le modeler, et le remodeler pour en sortir une interprétation cohérente (sans ou avec peu d'anomalies et de contradictions) qui sera projetée au présent et parfois même au futur proche. Rappelons-leur alors que le futur est incertain par définition. Comment peut-on présumer dans ce cas trouver une cohérence dans ce qui est incertain? Le passé qui semble aujourd'hui cohérent n'est-il pas le futur d'un passé antérieur? Est-ce vraiment la bonne voie pour atteindre une connaissance de soi?

- 1 -

Il y a une phrase qu'on entend souvent et il me semble intéressent de l'étudier: "Je suis ce que je suis et il faut comprendre que je ne peux pas être autre chose que ce que je suis!".

On entend souvent ce genre de phrases lorsque la personne en question atteint ses limites dans la réflexion, et espère ainsi mettre fin à toute critique de la part de l'autre. Nous savons tous que ce genre de phrases n'a rien de vrai. Ce qui peut nous sembler vrai dans une situation peut très bien passer pour faux dans une autre. Ce qui prouve pour moi que nous ne sommes pas "ce que nous sommes", mais ce que nous décidons d'être. La seule vérité que nous pouvons espérer posséder ne peut être ailleurs que dans la décision que nous prenons à l'instant même ou nous agissons. Ni avant, ni après.

Le fait d'atteindre ses limites n'est pas un mal et ne doit pas être source de mal-être. Je pense qu'on devrait plutôt en parler. L'avouer. Le communiquer à la personne en face qui ne peut pas lire dans notre esprit. Par contre cette manière de mettre fin à la conversation est un acte de mauvaise foi. La personne, souvent, ne souhaite pas avouer ses limites car elle considère que c'est une défaite, et en même temps une victoire de l'autre. Ce qui est à mon avis une erreur, car le fait que deux individus puissent communiquer est une victoire en soi. Se couvrir derrière le bouclier de la personnalité et imposer à l'autre de se retirer est une défaite. C'est un acte violent puisque la décision d'arrêter la conversation n'a pas été consentie des deux parts.

- 2 -

Contrairement à ce qu'on nous dit, je pense que la connaissance de soi devrait passer par une prolifération des personnalités, à l'intérieur de chacun, mais qui finiront de manière "naturelle" par "se déconstruire"/"fusionner"/"muter"/"se reproduire" jusqu'à atteindre un "état d'équilibre", une paix/cohabitation qui sera certainement de longue durée car non imposée par un choix arbitraire de personnage/rôle à jouer (La voie à suivre lorsqu'on cherche le confort, au prix d'un suicide intellectuel).

Le manque de personnalité serait pour moi un idéal humain libre de toute pensée conventionnelle. La pensée conventionnelle détermine, dénomme, catalogue, catégorise et classifie les choses et les êtres. Elle a pour avantage de créer un certain ordre, mais elle conditionne l’esprit dans des schémas linéaire et dualiste, avec toutes les limitations qu’ils impliquent. Elle l’appauvrit, en l’enfermant dans une structure figée. Elle se fonde sur la mémoire, c’est à dire le passé. Elle compartimente même le savoir. Elle limite ainsi le déploiement de l’intelligence.

- 3 -

Dans une disponibilité vide de mémoire, des connexions inattendues s’établissent, des sauts de conscience s’effectuent, l’intelligence et l’intuition se mettent à danser. Parfois à chanter et à crier: Je ne suis pas l'Homme à la caméra!


Image: Affiche de la campagne de recrutement de l’Armée de terre française.
Sur le site Internet de cette campagne on peut lire: "« On ne naît pas soldat, on le devient. » (Remerciements à Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe t.1, Gallimard © 1949, pp 285-286.)" (!?)

Point d'entrée vers une pornographie post-moderne


" «Qu’est-ce que la pornographie ? Il n’existe aucune réponse claire et universellement acceptée à cette question ». C’est en ces termes que, dans son livre Penser la pornographie (2003), Ruwen Ogien introduit le chapitre consacré à la définition du concept de pornographie. En outre, pas même l’incontestable étymologie du mot – pòrnē (prostituée) et gráphein (écrire, représenter) ne parvient à focaliser précisément le propre d’une représentation pornographique, si tant est que chaque individu soit capable d’en reconnaître une quand il la voit . Ce qui explique peut-être pourquoi le mot « pornographie » n’est pas un lemme du Dictionnaire de la pornographie (2005), et même si son origine y est soigneusement expliquée dans l’introduction: le concept de pornographie est si compliqué qu’en donner une définition univoque capable de cerner ce phénomène d’un seul point de vue reste impossible.

(...)

En suivant cette distinction, Foldscheid propose un raisonnement tout aussi convaincant : si la scène pornographique ne peut relever de la simulation, il se révèle tout aussi difficile de croire que la vidéo porno reproduise mimétiquement une scène d’amour, ou tout simplement un rapport sexuel ou encore toute forme d’intimité quelle qu’elle soit : car l’intimité consiste en effet à « se soustraire au regard de tous pour rendre possible la relation à l’autre » (→ Intimité, de A. Felgine, p240). L’intimité suppose donc une démarcation sûre entre la sphère publique et privée excluant le regard des autres ; si l’on inverse ce point de vue, on peut dire qu’il n’est possible de saisir l’intimité qu’à condition que celui qui observe ne se trouve pas face à une exhibition ou mieux qu’il n’ait pas le sentiment que celui qui se montre le fasse ouvertement : « la caméra doit se faire oublier pour donner l’impression d’une effraction dans l’intimité d’un quotidien souvent trivial et non événementiel. Le documentaire intimiste donne l’illusion de saisir la vie dans sa continuité, parfaitement anti-spectaculaire » (→ Intimité, de A .Felgine, p 241).

(...)

« Il ne suffit pas de filmer un couple en train de faire l’amour pour réaliser une oeuvre pornographique […]. Si les productions pornographiques peuvent plaire en dépit de leurs répétitions, si l’appétit de collection peut se déclencher, si l’on peut ne jamais se lasser de revoir encore les mêmes situations et les mêmes images, c’est bien que la pornographie entrepose entre la sexualité et nos regards une mise en scène particulière » (→ Image, P. Baudry, p 223). Selon, Baudry, il existe quatre caractéristiques principales de la rhétorique sexuelle pornographique qui rendent unique la représentation porno, c’est-à-dire qui permettent d’en circonscrire le domaine de fiction. Celles-ci sont : précipitation de la scène sexuelle, saturation absolue des scènes sexuelles, professionnalité des personnes impliquées dans la performance, déconnexion dans la succession des scènes de sexe.

(...)

Discordants ou différents, l’avions-nous dit, les points de vue présents dans ce Dictionnaire : « le corps, qu’on a voulu terrain symbolique où se jouent la liberté et la conquête de soi, est formaté, mécanisé, réduit aux performances et aux figures imposées. Il ne fait aucun doute que la dérive du porno vers des pratiques extrêmes –si souvent dénoncée- est tributaire de cette gestion comptable du désir. » (→ Pouvoir, A. Felgine, p 381). Considérer la pornographie non seulement comme objet d’analyse, mais aussi comme médium cognitif et instrument d’interprétation de la réalité revient à prendre en compte l’influence de la narrativité pornographique dans la formation de l’identité sexuelle et la façon dont cette formation identitaire est donc idéologiquement connotée et liée à des formes de pouvoir. Le discours pornologique devient ici un discours pornocratique, voué à analyser l’idéologie présente dans le porno, et parallèlement et obligatoirement, l’idéologie qu’il véhicule.

La pensée féministe radicale, comme chacun le sait, a vu dans la pornographie la représentation d’une sexualité fortement connotée par une logique de domination et de violence masculines qui a tendance à transformer la femme en une sorte d’esclave du sexe, soumise et le plus souvent contrainte à feindre le plaisir « chaque fois que quelqu’un regarde ce film, il regarde mon viol » affirme Linda Boreman, alias Linda Lovelace, personnage du célèbre Gorge profonde. Selon cette vision, que l’on pourrait qualifier « d’imitative », la pornographie serait à l’origine de comportements violents et d’une message dangereux, puisqu’elle confirmerait l’idée d’une « dissymétrie des anatomies » (→ Anatomies, cit.) qui correspond avec un rapport de domination entre les individus se traduisant en des fantaisies narratives caractérisées par la présence d’un déséquilibre du pouvoir politique, social, et économique. Un répertoire considérable d’histoires pornographiques reproduit dans la fiction narrative l’idéologie persistante –et réelle- de la disparité sexuelle entre l’homme et la femme en n’en déplaçant que le plan de la représentation, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de mettre en scène un viol pour rendre « jouissif » un rapport de soumission, il suffit de proposer un rapport sexuel consentant (mais jusqu’à quel point ?) entre une secrétaire et son employeur. À ce sujet, la pornographie gay et lesbienne n’élude pas forcément le problème (même si elle élimine, d’un côté, la figure de la prostituée soumise, et d’un autre, celle de l’étalon dominant), dès lors que sa fiction narrative se fonde sur des situations de féminisation du mâle et vice et versa, de disparité de pouvoir ( le gardien de prison et le prisonnier, la riche héritière et sa servante), ou sur l’utilisation de pratiques extrêmes (bondage, barebacking, pissing, fist-fucking) qui confirment le rapport de soumission qui dirige la relation entre les partenaires.

D’autre part, envisager la pornographie comme un médium de la connaissance plutôt que comme un simple objet, « Interroger la violence revient toujours à mettre en cause la pédagogie violente des images » (→ Violence, A. Felgine p 518) et pour certaines entrées du Dictionnaire, passer de la focalisation du caractère pornographique de certaines images à la nature pornographique de n’importe quelle image, pousse –voir même oblige- à surveiller les autres et se surveiller soi-même : « et cette violence que l’on prête au film porno qui mettait en scène les corps, c’est la télévision tout entière aujourd’hui, envahie par cet impératif de l’intime dévoilé, qui, scrutant les âmes, l’exerce sur chacun ». (→ Télévision/télé-réalité, cit.).

Tout en partageant l’idée que le porno confirme la présence de ces mécanismes coercitifs, lisibles selon deux dynamiques psychologiques, un peu grossièrement émaillées de philosophie- à savoir l’imitation (la vision de comportements violents génère de la violence), et la catharsis (la vison de comportements violents génère de la nausée envers la violence), je me demande si la première ne repose pas sur la destruction trop hâtive de la frontière entre fiction et réalité dans la conscience de tout individu, tandis que la seconde sur une surévaluation de l’impact de la fiction sur la réalité, empruntée à d’autres genres de représentation, et dans ce cas précis, à la tragédie ; mais je me demande surtout si ces deux lectures du discours pornographique n’ont pas tendance à voir comme unilatéral le rapport entre une forme de représentation, quelle qu’elle soit, et sa perception, extrêmement variable en fonction du contexte dans lequel elle se situe. La pornographie peut aussi être interprétée – et de ce fait, elle l’est- par un féminisme qualifié de « libéral » lié à la théorie des actes de langage d’Austin et au déconstructivisme de Derrida- comme une dénonciation d’une condition d’exploitation qui n’est pas que sexuelle, comme une attestation, parmi tant d’autres, de l’existence d’une véritable discrimination concernant plusieurs aspects de la vie féminine. « Le performatif ne fait jamais la même chose : il y a toujours déviation par rapport au modèle original de l’énoncé performatif. L’énoncé n’a en effet pas d’essence performative puisqu’il ne cesse de se répéter. Il s’opère donc, à chaque nouvelle énonciation, une nouvelle mise en contexte » (→ Féminisme, S. Laugier, p 184). Autrement dit, un même acte linguistique, et donc aussi un message pornographique, peut être interprété de façon différente, voire même opposée : ainsi Butler argumente-t-elle que « queer », terme initialement péjoratif envers les personnes homosexuelles, a été par la suite volontairement admis par la communauté gay qui en a donné une connotation positive.

S’inspirant du postmodernisme pour définir ses instruments de représentation, la post- pornographie-dans laquelle le post porno queer de Bruce la Bruce et de Mapplethorpe joue un rôle décisif-, ne se base pas uniquement sur la suppression du rapport de domination entre homme et femme (ou de ses transformations ou confirmations), mais au contraire « Elle travaille la pornographie moderne à partir de ses marges en la décontextualisant et pour en faire apparaître la dimension politique et normative » (→Post-pornographie, M. Bourcier, p 380), mettant en lumière, pour les problématiser et les mettre en cause, certaines questions identitaires du monde contemporain. L’affirmation de Baudry, confirmée par la structure générale du Dictionnaire, ne semble donc pas excessive : « la pornographie, fondamentalement identique à elle-même, mais évoluant sans cesse, épousait les aspirations et les questions de son temps » (→ Nouvelles pornographies, P. Baudry, p 317), dans une perspective consistant à ce que mouvement d’appropriation ne coïncide pas avec l’effleurement dans le porno d’une réalité précédant la représentation pornographique, mais avec l’affirmation de nouvelles possibilités de regarder le corps et l’identité qu’il porte en lui, en dehors du bien et du mal."

Andrea Malagamba - Pornologie, Pornopathie, Pornocratie.

Image: Man Ray, Mr and Mrs Woodman, 1927. (Merci R.)