-L'amour ou la mort? -Non, l'humour.


"L'amour et la mort. Ces deux termes s'associent très vite quand l'un est écrit." - Jean Genet; Quatre heures à Chatila.

Image: René Magritte; La grande famille

Bonus Track:



Longtemps symbole de paix, d'amour et de fidélité la colombe a fini par se tirer deux coups de grâce et la paix fût sur terre. Qu'elle repose en paix, car je lui dédie mon âme, car je lui dédie mon être. Repose en paix et bois à ma musique!

Extra Bonus:



-Complicité ou collaboration? -Lire sensibilité.


"Je vous indique, de la sorte, ce que pouvait être ma forme de sensibilité. La nature m'inquiétait. Mon amour pour Stilitano, le fracas de son irruption dans ma misère, je ne sais quoi, me livrèrent aux éléments. Mais ceux-ci sont méchants. Afin de les apprivoiser je les voulus contenir. Je refusais de leur dénier toute cruauté, au contraire, je les félicitai d'en posséder tant, je les flattai.

Une telle opération ne se pouvant réussir par la dialectique, j'eus recours à la magie, c'est-à-dire à une sorte de prédisposition voulue, une intuitive complicité avec la nature. Le langage ne m'eût été d'aucun secours. C'est alors que me devinrent maternelles les choses et les circonstances où cependant, aiguillon d'une abeille, veillait la pointe de l'orgueil. (Maternelles: c'est-à-dire dont l'élément essentiel est la féminité. En écrivant cela je ne veux faire aucune allusion à quelque référence mazdéenne: j'indique seulement que ma sensibilité exigeait de voir autour de soi une disposition féminine. Elle le pouvait puisqu'elle avait su s'emparer des qualités viriles: dureté, cruauté, indifférence.)"

-Jean Genet; Journal du voleur.

Image: René Magritte; La grande guerre (1964)

Bonus Track (Nous nous excusons pour la gêne orientaliste occasionnée):



زحمه يا دنيا

زحمه يا دنيا زحمه وتاهوا الحبايب
زحمه ولا عادشي رحمه مولد وصاحبه غايب

اجي من هنا زحمه واروح هنا زحمه
هنا او هنا زحمه
زحمه يا دنيا زحمه

زحمه وانا رايح له وانا وسط الزحام
عايز يسمع واقله ما بيوصلشي الكلام
بيني وبينه معاد وحيروح المعاد

اجي من هنا زحمه واروح هنا زحمه
هنا او هنا زحمه
زحمه يادنيا زحمه

زحمه ومعطلاني وان رحت وما لقيتوش
اخاف اروح له تاني في معادي وما القاهوش
كتير الناس كتير وانا عايزاركب واطير


Crowded, oh World

Crowded, the world is crowded

Crowded, and the lovers are lost

Crowded, and mercy never comes

A Mulid (prophet's festival) without its leader

I come from here

Crowded

I go here

Crowded

Here or there

Crowded

Crowded, the world is crowded

Crowded and I am going to her

And I am in the midst of the crowd

She wants to hear me and I tell her

But the words don't reach her

And we have an appointment

We're going to miss our appointment

Crowded, and it's cutting me off

And if I go and do not find her there

I'll be scared to go to her again on time for my appointment and not find her there

People are plenty and I want to ride and fly...



Bergson l'Enchanteur...Bergson le Charlatan


"[...] Mais le temps où nous restons naturellement placés, le changement dont nous nous donnons ordinairement le spectacle, sont un temps et un changement que nos sens et notre conscience ont réduits en poussière pour faciliter notre action sur les choses. Défaisons ce qu'ils ont fait, ramenons notre perception à ses origines, et nous aurons une connaissance d'un nouveau genre sans avoir eu besoin de recourir à des facultés nouvelles.

Si cette connaissance se généralise, ce n'est pas seulement la spéculation qui en profitera. La vie de tous les jours pourra en être réchauffée et illuminée. Car le monde où nos sens et notre conscience nous introduisent habituellement n'est plus que l'ombre de lui-même ; et il est froid comme la mort. Tout y est arrangé pour notre plus grande commodité, mais tout y est dans un présent qui semble recommencer sans cesse ; et nous-mêmes artificiellement façonnés à l'image d'un univers non moins artificiel, nous nous apercevons dans l'instantané, nous parlons du passé comme de l'aboli, nous voyons dans le souvenir un fait étrange ou en tout cas étranger, un secours prêté à l'esprit par la matière. Ressaisissons-nous au contraire, tels que nous sommes, dans un présent épais et, de plus, élastique, que nous pouvons dilater indéfiniment vers l'arrière en reculant de plus en plus loin l'écran qui nous masque à nous mêmes ; ressaisissons le monde extérieur tel qu'il est, non seulement en surface, dans le moment actuel, mais en profondeur, avec le passé immédiat qui le presse et qui lui imprime son élan ; habituons-nous, en un mot, à voir toutes choses sub specie durationis : aussitôt le raidi se détend, l'assoupi se réveille, le mort ressuscite dans notre perception galvanisée. Les satisfactions que l'art ne fournira jamais qu'à des privilégiés de la nature et de la fortune, et de loin en loin seulement, la philosophie ainsi entendue nous les offrirait à tous, à tout moment, en réinsufflant la vie aux fantômes qui nous entourent et en nous revivifiant nous-mêmes. Par là elle deviendrait complémentaire de la science dans la pratique aussi bien que dans la spéculation. Avec ses applications qui ne visent que la commodité de l'existence, la science nous promet le bien-être, tout au plus le plaisir. Mais la philosophie pourrait déjà nous donner la joie."

- Henri Bergson; L’intuition philosophique (Conférence faite au Congrès de Philosophie de Bologne le 10 avril 1911)

Image: René Magritte; La lunette d'approche.

Oui, mais une femme est aussi une femme!


"Mon titre n’explique pas mon tableau, comme mon tableau n’explique pas mon titre" -René Magritte

Image: René Magritte; Liaisons dangereuses, 1936.


Violent! Violent! Violent!


"Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit les remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. On dit quelquefois: «Un gars a de la gueule.» Les traits délicats de Pilorge étaient d’une violence extrême. Leur délicatesse surtout était violence."
-Jean Genet; Journal du voleur.

Image: Jean-François Martin; ... (Merci R.)

Bonus Track:




فيروز - حبيتك بالصيف

بأيام البرد و أيام الشتي
و الرصيف بحيرة و الشارع غريق
تجي هاك البنت من بيتها العتيق
و يقلا انطريني و تنطرعالطريق
و يروح و ينساها و تدبل بالشتي

حبيتك بالصيف حبيتك بالشتي
نطرتك بالصيف نطرتك بالشتي
و عيونك الصيف و عيوني الشتي
ملقانا يا حبيبي خلف الصيف و خلف الشتي

مرقت الغريبة عطيتني رسالة
كتبها حبيبي بالدمع الحزين
فتحت الرسالة حروفها ضايعين
و مرقت أيام و غربتنا سنين
و حروف الرسالة محيها الشتي

Fairuz - I Loved You In Summer

In the days of cold and days of winter
The pavement is a lake
And the street is drowning
That girl comes from her old house
He told her "wait for me"
So she waits for him in the road
But he leaves and forgets her
While she withers in the winter

I loved you in the summer, I loved you in the winter
I waited for you in the summer, I waited for you in the winter
Your eyes are the summer, my eyes are the winter
Our meeting darling is beyond the summer and the winter

A stranger passed by and she gave me a letter
My beloved wrote it with tears of sadness
I opened the letter, but the letters were missing
Days passed and the years drew us apart
And the letters of the message were erased by the winter (note: the word for winter and rain is the same in Lebanon)

-Donne-moi une seule raison pour t'aimer! -(silence) - PARLE! -Aucune à te donner, c'est à toi de venir me l'arracher.


Une boite à allumettes...

Ce qu'est la vie pour un mâle qui se fait mâle...

Avec toutes ces courbes de femmes qu'il enflamme...

Et qu'il dresse pour lui témoigner de sa gloire...

Une boite à allumettes...

Qui brûle...

Qui brûle nos âmes...

Qui brûle...

Pendant que la mèche hante femme et homme...

A quand la fin de cette pièce qui n'a jamais commencé?

Arrêtons de tirer sur les ficelles et les super ficelles...

Découvrons nos visages et nos yeux couverts...

De toiles tissées...

Avec soin...

Par nos propres mots empoisonnés...

Par le superficiel et le subterfuge...

Car le feu doit s'éteindre...

Car le feu est à vaincre...

Je vous livre ici, les premières incantations...

Car seule la pluie violette a le pouvoir de nous conserver.

Musique!




"I'm so tired of playing, Playing with this bow and arrow, Gonna give my heart away, Leave it to the other girls to play, For I've been a temptress too long. Hmm just, Give me a reason to love you, Give me a reason to be, A woman, I just wanna be a woman. From this time, unchained, We're all looking at a different picture,Through this new frame of mind, A thousand flowers could bloom, Move over, and give us some room.Yeah, Give me a reason to love you, Give me a reason to be, A woman, I just want to be a woman. So don't you stop, being a man, Just take a little look from our side when you can, Saw a little tenderness, No matter if you cry. Give me a reason to love you, Give me a reason to be, A woman, It's all I wanna be is all woman. For this is the beginning of forever and ever, It's time to move over , So I want to be. I'm so tired of playing, Playing with this bow and arrow, Gonna give my heart away, Leave it to the other girls to play. For I've been a temptress too long. Hmm just, Give me a reason to love you..."

traduction : je suis extenuée de jouer, de jouer avec ces arcs et ces flèches, je suis entrain de mettre mon coeur à l'écart, je laisse ça aux autres fille pour qu'elles jouent, pour ce que j'ai été une tentatrice depuis trop longtemps. hmm, donne moi seulement une raison d'être, donne moi seulement une raison d'être une femme. je veux juste être une femme. depuis le temps, sans attache, nous regardons tous une projection différente, à travers cette nouvelle voie (trame, base) qui est la mienne, un millier de fleurs pourrait éclore, remue-toi et donne nous un espace. oui, donne moi une raison de t'aimer, donne-moi une raison d'être.. une femme. je désire juste être une femme. Ne peux-tu juste pas arrêter d'être un homme? jette seulement un coup d'oeil de notre point de vue si tu peux, pour avoir vu un peu de tendresse, ce n'est pas grave si tu pleures. donne moi une raison de t'aimer, donne moi une raison d'être... une femme. c'est tout ce que j'espère être entièrement femme . depuis la nuit des temps, pour toujours et à jamais, c'est le moment de réagir, alors je veux être. j'en ai assez de jouer, de jouer avec ces arcs et ses flèches, je vais donner mon coeur à un ailleurs, je laisse ça aux autres filles pour qu'elles s'amusent. puisque j'ai été une séductrice depuis trop longtemps. hmmm, donne moi juste une raison de t'aimer...




I never meant to cause you any sorrow...
I never meant to cause you any pain.
I only wanted to one time see you laughing.
I only wanted to see you laughing in the purple rain.

Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain

I only wanted to see you bathing in the purple rain.

I never wanted to be your weekend lover.
I only wanted to be some kind of friend.
Baby I could never steal you from another.
It's such a shame our friendship had to end.

Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain

I only wanted to see you underneath the purple rain.

Honey I know, I know, I know times are changing.
It's time we all reach out for something new,
That means you too.
You say you want a leader,
But you can't seem to make up your mind.
I think you better close it,
And let me guide you to the purple rain.

Purple rain, Purple rain
Purple rain, Purple rain

If you know what I'm singing about up here.
C'mon raise your hand.

Purple rain, Purple rain

I only want to see you, only want to see you.

Je ne suis jamais loin!


"Et une femme parla, disant : Parlez-nous de la Souffrance

Et il dit :

La souffrance est une fêlure dans la coquille qui enferme votre entendement.

De même que le noyau du fruit doit se rompre pour que son germe puisse s’offrir au soleil, de même vous devez connaître la souffrance.

Et si vous pouviez garder votre cœur dans l’émerveillement des miracles quotidiens de votre vie, votre souffrance apparaîtrait non moins merveilleuse que votre joie ;

Et vous accepteriez les saisons de votre cœur, de même que vous avez toujours accepté les saisons qui passent sur vos champs.

Et vous regarderiez avec sérénité au travers des hivers de votre tristesse.

Beaucoup de votre souffrance est choisie par vous-même.

C’est l’amère potion par laquelle le médecin qui est en vous guérit votre être malade.

Soyez donc confiant en ce médecin, et buvez son remède en silence et avec tranquillité :

Car sa main, bien qu’elle soit lourde et dure, est guidée par la main tendre de l’Invisible.

Et la coupe qu’il apporte, bien qu’elle brûle vos lèvres, fut façonnée de l’argile que le Potier a trempée de Ses propres larmes sacrées."

-Jabrane Khalil Jabrane; Le prophète (La souffrance)

Image: Damien Legrain; Nan Goldin (d'après un autoportrait)

Bonus Track:



و ما بان ليك غير هو
و ما عز عليك غير هو
أوشحال عندي منه
ياك غير هو و ديتيه
ياك غير هو و جليتيه
و ما بان ليك غير هو
و ما عز عليك غير هو

والغادي بعيد
والغادي بعيد
والغادي بعيد

ونبكيو عل الولف اللي فيا
و القمرة ضوها عليا
و دموعي ف عينيا
و تحكي لك ما بيا

و اش هاذ الحقرة و يا الغادي
ارجع نديرو فصال
إلا كانت القدرة و راه راضي
الفراق سمعتو فال

غربت الشمس بان ظلام الليل
وليدي وليدي
و قربو لبعيد راه الشوق مرير
وليدي وليدي
و المحبة تكوي وما دواك أقليب
وليدي وليدي
برجوع الهاجر يصفى لغدير

وا لوليد وا يليلي و فين موليك
وا لوليد وا يليلي و فين موليك
وا لوليد هاهوما خوضك اه

و يعملها للرجال اللي عابو فيك

وا لوليد وا يليلي و ها هما موليك
وا لوليد وا يليلي و ها هما موليك

يحرز عليك السروت المحضية

Empaillées!


"Une cage allait à la recherche d'un oiseau."
-Franz Kafka; Le procès.

Image: Nan Goldin (Merci Z.)

-Doucement? -Oui, doucement. -Oui. -Merci. -Merci toi. -D'accord. -(sourire) -(boussa) ...


"Le mot est matière. En apparence (une apparence qui en tant que telle a sa vérité), il me frappe matériellement, comme un ébranlement de l’air qui produit certaines réactions dans mon organisme, en particulier certains réflexes conditionnés qui le reproduisent en moi dans sa matérialité (je l’entends en le parlant au fond de ma gorge). Cela permet de dire, plus brièvement - c’est aussi faux et aussi juste - qu’il entre chez chacun des interlocuteurs comme véhicule de son sens. Il transporte en moi les projets de l’Autre et dans l’Autre mes propres projets. Il n’est pas douteux qu’on pourrait étudier le langage de la même façon que la monnaie : comme matérialité circulante, inerte, unifiant des dispersions ; c’est, en partie, du reste, ce que fait la philologie. Les mots vivent de la mort des hommes, ils s’unissent à travers eux ; chaque phrase que je forme, son sens m’échappe, il m’est volé ; chaque jour et chaque parleur altère pour tous les significations, les autres viennent les changer jusque dans ma bouche. Nul doute que le langage ne soit en un sens une inerte totalité. Mais cette matérialité se trouve en même temps une totalisation organique et perpétuellement en cours. Sans doute la parole sépare autant qu’elle unit, sans doute les clivages, les strates, les inerties du groupe s’y reflètent, sans doute les dialogues sont-ils en partie des dialogues de sourds : le pessimisme des bourgeois a décidé depuis longtemps de s’en tenir à cette constatation-, le rapport originel des hommes entre eux se réduirait à la pure et simple coïncidence extérieure de substances inaltérables ; dans ces conditions, il va de soi que chaque mot en chacun dépendra, dans sa signification présente, de ses références au système total de l’intériorité et qu’il sera l’objet d’une compréhension incommunicable. Seulement, cette incommunicabilité - dans la mesure où elle existe - ne peut avoir de sens que si elle se fonde sur une communication fondamentale, c’est-à-dire sur une reconnaissance réciproque et sur un projet permanent de communiquer ; mieux encore : sur une communication permanente, collective, institutionnelle de tous les Français, par exemple, par l’intermédiaire constant, même dans le silence de la matérialité verbale, et sur le projet actuel de telle ou telle personne de particulariser cette communication générale. En vérité, chaque mot est unique, extérieur à chacun et à tous ; dehors, c’est une institution commune ; parler ne consiste pas à faire entrer un vocable dans un cerveau par l’oreille mais à renvoyer par des sons l’interlocuteur à ce vocable, comme propriété commune et extérieure. (…)

Les langues sont le produit de l’Histoire ; en tant que telles, en chacune on retrouve l’extériorité et l’unité de séparation. Mais le langage ne peut être venu à l’homme puisqu’il se suppose lui-même : pour qu’un individu puisse découvrir son isolement, son aliénation, pour qu’il puisse souffrir du silence et, tout aussi bien, pour qu’il s’intègre à quelque entreprise collective, il faut que son rapport à autrui, tel qu’il s’exprime par et dans la matérialité du langage, le constitue dans sa réalité même."

- Jean-Paul SARTRE; Critique de la raison dialectique (Une communication fondamentale)

Bonus Track:



Ton souffle me caresse encore... Mais ma voix prononçant ton nom, a-t-elle déjà pâli?



"Le langage est-il transmission et écoute des messages qui seraient pensés indépendamment de cette transmission et de cette écoute ; indépendamment de la communication (même si les pensées ont recours à des langues historiquement constituées et se plient aux conditions négatives de la communication, à la logique, aux principes de l’ordre et de l’universalité) ? Ou, au contraire, le langage comporterait-il un événement positif et préalable de la communication qui serait approche et contact du prochain et où résiderait le secret de la naissance de la pensée elle-même et de l’énoncé verbal qui la porte ?

Sans tenter d’exposer cette naissance latente, la présente étude a consisté à penser ensemble langage et contact, en analysant le contact en dehors des « renseignements » qu’il peut recueillir sur la surface des êtres, en analysant le langage indépendamment de la cohérence et de la vérité des informations transmises - en saisissant en eux l’événement de la proximité. Événement évanescent aussitôt submergé par l’afflux des savoirs et des vérités qui se donnent pour l’essence, c’est-à-dire pour la condition de la possibilité de la proximité. Et n’est-ce pas justice ? L’aveuglement, l’erreur, l’absurdité - peuvent-ils rapprocher ?

Mais la pensée et la vérité peuvent-elles forcer Autrui à entrer dans mon discours, à devenir interlocuteur ? L’évanescence de la proximité dans la vérité est son ambiguïté même, son énigme, c’est-à-dire sa transcendance hors l’intentionnalité. La proximité n’est pas une intentionnalité.

Être auprès de quelque chose n’est pas se l’ouvrir et, ainsi dévoilé, le viser, ni même remplir par l’intuition la « pensée signitive » qui le vise et toujours lui prêter un sens que le sujet porte en soi. Approcher, c’est toucher le prochain, par-delà les données appréhendées à distance dans la connaissance, c’est approcher Autrui. Ce revirement du donné en prochain et de la représentation en contact, du savoir en éthique, est visage et peau humaine. Dans le contact sensoriel ou verbal sommeille la caresse, en elle la proximité signifie : languir après le prochain comme si sa proximité et son voisinage étaient aussi une absence. Non point un éloignement encore susceptible d’être entendu dans l’intentionnalité, mais une absence démesurée qui ne peut même pas se matérialiser - ou s’incarner - en corrélatif d’un entendement, l’infini, et ainsi, dans un sens absolu, invisible, c’est-à-dire hors toute intentionnalité. Le prochain - ce visage et cette peau dans la trace de cette absence et par conséquent dans leur misère de délaissés et leur irrécusable droit sur moi - m’obsède d’une obsession irréductible à la conscience et qui n’a pas commencé dans ma liberté. Suis-je dans mon égoïté de moi autre chose qu’un otage ?

Le contact où j’approche le prochain n’est pas manifestation ni savoir, mais l’événement éthique de la communication que toute transmission de messages suppose, qui instaure l’universalité où mots et propositions vont s’énoncer."

- Emmanuel LÉVINAS ; L’événement éthique de la communication.

Bonus Track:



"Keep Talking"

For millions of years mankind lived just like the animals
Then something happened which unleashed the power of our imagination
We learned to talk

There's a silence surrounding me
I can't seem to think straight
I'll sit in the corner
No one can bother me
I think I should speak now
I can't seem to speak now
My words won't come out right
I feel like I'm drowning
I'm feeling weak now
But I can't show my weakness
I sometimes wonder
Where do we go from here

It doesn't have to be like this
All we need to do is make sure we keep talking

Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
What are you feeling
Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
Where do we go from here

It doesn't have to be like this
All we need to do is make sure we keep talking

Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
What are you feeling
Why won't you talk to me
You never talk to me
What are you thinking
What are you feeling

I feel like I'm drowning
You know I can't breathe now
We're going nowhere
We're going nowhere